J'ai Vu

pal v u ~ Quelques Hommes politiques d’AUemagne L e kronprinz Fr6d6ric-Guillaume est age de trente-deux ans. Taille au- dessus lade moyenne, maigreur deplai- sante, figure allongee avec front fuyant, profil de mouton, chevcux fins d'un blond cendr6, tcint jaune gris, moustache d'e- phebe. L’oeil est sans expression, la voix desagreable. Aucune simplicite dans les manieres. Caract£re desagreable. Preten- tieux et hautain dans ses rapports avec ses inferieurs. Produit l’effet d’un fat sans intelligence. Ale culte de Napol6on Icr dont il s'imagine avoir herite le g£nie. Comme tousles Hohenzollern, fait opposition a son pere. Adore de jouer au soldat sans rien comprendre au metier militaire. A epousS Cecile, duchesse de Mecklembourg, tille dc cette grande-duchesse Anasthasie de Russie, dont les excentricites font l'amusement des cours, et touche une grossedot, dont les revenus lui permettent d’ 6taler un luxe insolent h .la barbe de Guillaume II, tou- jours a court d’argent. Pere de quatre gar- 90ns, ce quine l'empeche pas de se laisser distraire de ses devoirs conjugaux par des aventures tapageuses. Est la coqueluche de l’armee et le favori lade population berli- noise. A par la, provoque les jalousies de son pere, qui l’a plusieurs fois eloign dee la capitale en lui confiant de loin tains com- mandements qui,et peu de semaines avant la guerre, voulait 1 ’ obliger a entreprendre un voyage dans les colonies pour mettre fin aux manifestations dont le prince etait constamment l’ objet. Le chancelier, M. deB ethm anx-H oll- w eg, grand, large, mal bati. Agite.quand il parle, ses deux bras comme deux balanciers. Figure taillee a coups de hache, avec des rides profondes des deux cot6s d’un nez epais. Barbe pleine. Voix basse et sourde. Eloquence pesante. A toujours l'air preoc­cupy. Un bureaucrate lettr6, sans aucune envergure d'esprit. Vit au jour le jour, comme un bon expeditionnaire, qui abat consciencieusement la tache qu'on lui pre­ sente. Sort d’une famille de financiers eta garde les habitudes d’ ordre et de m6thode des vieilles maisons. N’et. it nullement pre­pare ala haute situation qu’il occupe. Chan­ celier del’ empire et president du conseil prussien, est reste, au milieu des 6crasantes responsabilites qui l’accablent, le rond-de- cuir ideal, uniquement attache a donner satisfaction a son employeur. Abandonne sans scrupules ses amis, se r6concilie avec ses adversaires des qu’il croit y trouver quelque avantage. Ne sait pas donner la main, comme tous ceux qui manquent de ctKur. S’ efforce d’ailleurs d’etre ou de pa- rattre honnete mais sait aussi mentir avec l’inconscience des hommes qui, poursui- vant un but qu'ils croient honorable, n’hesi- tent pas sur le choix des moyens. A tromp6 tousles partis du Reichstag, mais r6ussi egalement a se les attacher tous par les ser­vices.... qu’il en exigeait. •***Le leader des conservateurs, le comte H eydebrandt. Un homme tout petit, tout fluet, toujours remuant. On l’appelle le« roi sans couronne lade» Prusse. Volont6 defer au service d’un programme ante- diluvien. Le reprfeentant le plus decide cede conservatisme des hobereaux de l’Elbe, qui veut tout ignorer des institutions mo- demes. Partisan farouche de l’autocratie, ennemi irreconciliable du parlementarisme. N’a jamais pardonne aux rois de Prusse les rares concessions qu’ils ont faites ala d£mocratie. Se dresse comme d6fenseur des droits du trone, meme cont re les ministres qui sont prets ales sacrifier. A des haines farouches pour les socialistes et les radicaux. N'aime pas davantage les industriels et les hommes d’affaires. Protectionniste enrage. Commande en maitre despotique a ses troupes. Est tres redout6 par le chancelier auquel il pretend donner des ordres. Parle d’ailleurs rarement et se borne a ourdir des intrigues de couloirs. ***B assermann, le chef des nationaux- liberaux. Un fat. Porte beau, est toujours habille avec recherche, se parfume. De­ marche pretenrtieuse, gestes etudi£s. N’aban- donne meme pas la *pose» dans l’intimite. S'ccoutc parler, bien qu’il ne dise que des banalit6s. Sa grande force reside dans les folles ambitions qui le domincnt. N’a qu’ un reve : devenir chancelier, et ne le deviendra jamais parce qu’il ne compte au parlement et ailleurs que des adversaires dedaigneux ou des amis jaloux de successes d’homme trop beau. Est avoeat dans le grand-duche de Bade, ou ail fait un manage avantageux qui lui a permis de s’entourer d’un cadre luxueux. Le pere lade politique blocarde . allant du liberalisme democratisant au socialisme embourgcois6, ce quine l’em- peche pas d’etre un militariste fr6netique. Est arrive, par sa politique de constantes fluctuations, a domestiquer les democrates et a en faire les meillcurs soutiens du pan- germanisme. Est oblige, k chaque election nouvelle, dc se presenter dans une autre circonscription, tant sa morgue le rend in­supportable a ceux qui le connaissent. Spahn, president du Centre. Un respec- tueux, qui exige le respect. Personnage etrange, chez lequel la douceur apparente s’allie a un entetement senile et de sinceres convictions religieuses a une diplomatic tortueuse. Devrait etre le depositaire des grandes traditions de Windhorst mais ales depuis longtemps sacrifices a ses ambi­tions personnclles. N’admet pas la contra­diction ne r6siste cependant jamais deface a ses adversaires, et prefere la tacti- que des mouvements toumants. A im­pose une discipline defer k son parti en affectant de parler toujours avec onction. Gouverncinental impenitent, soutient meme les chanceliers qui persecutent ses amis poli­ tiques et trouve toujours des arguments apelards pour expliquer ses defaillances. ’imagine etre un tacticien de genie et ne supporte qu’avec peine les talents qui se revelent dans la fraction qu’il pretend seul diriger. Quand Spahn met son haut-de- forme pour se 1 ndre chez le chancelier, tout le monde est inquiet, les adversaires qui redoutent un desastreux marchandage, et ses amis qui tremblent d’etre vendus. Muller-Mein in gen, 1 ’ orateur lade gau­che deinocratique. U11 petit roquet, qui cir- cule dans les couloirs, le nez en l’air, toujours a l’affut du mollet qu’il va mordre. Necom-' prend pas 1 'eloquence parlemcntaire autre- ment que sous la forme de coups de dents distribues a droite et a gauche avec accom- pagnement de jappements furieux. Est tellement dr61e, dans ses fureurs r6elles ou simulees, qu’il provoque beaucoup plus de rires sonores que de vertueuses indigna­ tions. Le ridicule successeur du grand Eugene Richter s’est mis ala remorque des liberaux gouvemementaux. II a d6consider6 son parti, qui jadis semblait appele a de hautes destinees. Muller, petit juge de paix i\ Meiningen, en Baviere, est plus prus­ sien que le chancelier. de.M Bulow 6tait arrive a dresser merveilleusement ce caniche aboyeur. Maintenant le chef des demo­ crates voted’ enthousiasme tousles credits militaires et il reve, comme les droitiers, «lade plus grande Allemagne *** Liebknecht, le dissident socialiste. Une tete energique qu’encadre une chevelure luxuriante et intlomptee. Le fils d’un doc­trinaire farouche, quine renie pas, comme ses amis politiques, lc programme du mar- xisme. Parle avec abondance en bondant scs discours de mots a I’emporte-pi^ce. Dit tout ce qu’il pease et pense comme un revo- lutionnaire. Est tres redoute par les possibi- listes lade soeiale, qui s’accommodent fort bien lade soci6te bourgeoise parce qu’ ils s ’y sont cr6e des situations avantageuses. A reussi k se glisser dans la Chambre prus­ sienne ou ses interventions ala tribune font regulierement scandalc. Au Reichstag, ses collogues le condamnent au silence, parce qu’ils redoutcnt l’aprete sade parole. Sera certainement expuls£ du parti socialiste, parce qu’il a vote seul contre les credits militaires et s’est refuse a acclamer l’empe- reur. Et maintenant un mort mais un mort qui symbolisait une doctrine nouvelle et une tactique inattendue. Franck, le depute socialiste, tombc sur les champs de bataille lade Belgique. Teune, joli gar^on, figure poupine sur- montee de cheveux noirs boucles. Avocat de son metier. Nature liante, parole facile, habilete consommee. N’avait pas tarde, malgre son age, a jouer un r61e preponde­rant dans son parti. Partisan des solutions dilatoires, des compromis avantageux, des lentes evolutions. Votait le budget ala Chambre badoise et obligeait ses collegues ale voter. Ne revait que d’alliances electo- rales avec les partis bourgeois pendant les elections et de marches parallMes avec les liberaux et les democrates au parlement. N ’aimait pas qu’on lui rappelat pro­le gramme lade sociale, parce que dclibere- ment il y etait infidele toutes les fois qu’il y trouvait quelque interet. Se trouvait tres honor6 de l’amiti6 du chancelier de 1 ’em-pire et des ministres badois. Avait meme accepte une invitation 5 .la cour.Ses der- niers gestes devaient nous renseigner mieux qu’une longue etude sur ses sentiments in­ times et sur les opinions de ses partisans. Ala conference pacifiste de Bale, il avait employe toute son ardeur a battre en breche la loi frangaise sur le service de trois ans. Des que la guerre eclata, il s’en- gagea et se fit t\ier pour son empereur. WE. etterl£. Nous informons nos lecteurs desireux d’etablir une collection, qu’ils peuvent se procurer les numeros parus de v u ~ y soit en nous les demandant directementr soit en s’adressant a leur marchand de journaux. Nous leur serions reconnaissants de nous faire connaitre les localites dans lesquelles ils n’auraient pas pu se procurer notre journal. Les trois premiers numeros de p a lin u comprennent les ephemerides completes lade guerre depuis l’attentat de Serajevo.
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